mardi 16 janvier 2018

Hollywood confidential.

Los Angeles, 1948. L’après-guerre a laissé place à la chasse aux sorcières car que serait l’Amérique sans un ennemi (soit-il intérieur et imaginaire) et une lutte à mener ?
Charlie est scénariste pour le plus petit studio (fictif) de la ville.
Il est apprécié de certaines stars et de Dottie, la secrétaire miracle capable de falsifier le dossier d’un acteur et de mettre en scène celui-ci devant la presse.
Il vient aussi de se réveiller dans la baignoire du bungalow de Val Sommers après une soirée bien trop arrosée. Mais la gueule de bois n’a pas le temps de durer car Charlie retrouve Val étendue contre son sofa, morte étranglée.
Charlie fuit, ne sait pas ce qui c’est passé la nuit derrière. Le lendemain, la presse annonce que la star montante s’est suicidée. On a maquillé l’affaire.
Et ça, Charlie ne le supporte pas…

Ed Brubaker est un auteur connu et reconnu du monde des comics. On associe son nom à Batman, Daredevil et même les X-Men.
Il est également celui qui aura poussé la série Captain America dans la catégorie espionnage, conciliant autant une approche James Bond que celle proche de John LeCarré.
Mais depuis un moment, Brubaker a quitté les super-héros de DC et Marvel pour écrire ce qui lui plait le plus : de l’espionnage ( Velvet, chez Delcourt) et du polar. Deux choses qu’il maitrise depuis longtemps ( Captain America n’était pas un coup d’essai ) avec un copain de jeu récurrent : Sean Phillips.
De Sleeper, l’histoire d’un agent infiltré dont la vie tourne au cauchemar dans un monde de super-héros à Fatale en passant par Criminal (et bientôt Kill or be killed ) ou encore Incognito, Brubaker et Phillips sont une équipe gagnante.

Les voir s’attaquer à une période sombre de l’Amérique dans une Californie baignée de soleil, voila qui a de quoi exciter le lecteur potentiel.

Brubaker ne signe pas un récit d’enquête à la thriller. Le héros n’est ni flic ni détective et la victime n’annonce pas une série de morts ni ne se place dans une série d’icelles. Son métier, sa vie, ne sont pas un jeu de déductions permanent. Et s’il veut connaître la vérité, il va devoir la jouer fine. Ou pas, il faut bien créer un peu de tension de temps en temps.
En posant Charlie, Eb Brubaker pose son entourage et son environnement : la chasse aux rouges, les studios tout-puissants ayant la main-mise tant sur leur personnels ( stars inclues, qui se prêtaient à d’autres studios comme un club de foot prête ses joueurs ) que sur la presse et les flics. Pour se faire, les studio avaient des agents appelés « fixer » , en français, des réparateurs, qui devaient trouver des solutions pour éviter les scandales.
Si vous avez vu le film Hail Caesar des frères Cohen, vous constaterez qu’ils ont fait de ce métier bien réel un ressort de comédie satirique. Brubaker nous dévoile l’autre face de la pièce, la vraie, la sale.



L’enquête de Charlie, aussi vitale soit-elle pour lui, est presque un prétexte pour Brubaker de nous dévoiler l’envers du décors de la machine à rêve hollywoodienne de l’époque. Et si certaines habitudes ont disparu, la récente affaire Weinstein nous montre bien que tout n’a pas vraiment changé là-bas.
Mais c’est en créant des personnages nuancés, à la psychologie soignée dans l’écriture, que Brubaker arrive à nous faire croire à tout cela. Tout est en nuance de gris. Seul la nuit et le jour se situent aux extrêmes du spectre. Les gens coincés entre eux deux ne sont que des ombres ou des flammes éphémères, comme ces starlettes qui ne marqueront plus les esprits une fois la quarantaine passée.

Au fil des pages, le lecteur le sent : l’enquête sur la mort de Val n’est qu’un fragment de l’autopsie d’un monde disparu (mais pas encore totalement éteint) , violent et lourd, où les secrets doivent être cachés et protégés à tout prix, où le scandale est le pire ennemi de tous car il détruit des vies aussi vite que le feu la pellicule. Et les puissants sont prêts à toutes les bassesses ( si possible commises par d’autres mains que les leurs ) pour que leur monde et leurs privilèges restent intacts, que rien ne change, que les mêmes recettes se répètent encore et encore. Donner au public ce qu'il veut ( une nouvelle Veronica Lake et non une nouvelle actrice, par exemple ) pour être certains que les recettes suivent ( et ça,le ciné américain, français ou même indien l'applique encore de nos jours vous savez).
Pessimiste mais jamais cynique, Brubaker nous emmène dans ses tours et détours sans jamais nous perdre, dosant parfaitement les actions sur les pages et nous fait plonger derrière l'écran, là où le cauchemar se joue pour donner naissance au rêve sur pellicule. La cité des anges n'en abritent aucun, et si par hasard ils venaient à s'y perdre, la ville du Diable ne leur pardonnera pas.

Le trait de Phillips est élégant et agréable à l’œil. Sans être photo-réaliste, il ne se pose pas en déformation cartoonesque du réel et se prête bien aux ambiances noires que son collègue scénariste lui demande de poser sur le papier. Il est suffisamment précis dans son trait pour donner un visage unique aux personnages et retranscrire les quelques caméos de personnages célèbres qui viendraient à passer lors d’une soirée, le cinéma est une grande famille après tout.

L’édition Delcourt est de toute beauté, près de 400 pages reliées sous une belle couverture. En parlant de couverture, Delcourt place les 12 couvertures des 12 mensuels US en bonus. Et ce ne sont pas les seuls , suivent la bande-annonce de l’ouvrage sous forme de BD ( qui ressemble plus à un manifeste qu’à une pub pour un produit fini, l’auteur avouant que lorsqu’il écrit , i sait où il va mais pas forcément comment ) ainsi que diverses illustrations qui accompagnaient les articles sur le cinéma joints aux mensuels aux States…articles qui ne sont pas inclus dans cette édition ! La grosse faute de goût de Delcourt sur ce coup-là mais ils sont coutumiers du fait : Velvet, du même Brubaker, contenait un courrier des lecteurs auquel l’auteur répondait. Et rien n’aura été traduit non plus dans notre belle langue de Molière. Mais que cela ne gâche pas votre lecture de Fondu au noir, une histoire qui aurait très bien pu arriver…

dimanche 7 janvier 2018

Oh douce France.

Je suis un cynique.
Il y a un mois, je me gaussais de l’ampleur de l’hommage à Johnny Haliday.
Alors, pourquoi aujourd’hui, alors que France Gall nous quitte, je me mets à pleurer ?
Parce que je sais bien pourquoi les fans du représentant officiel d’Optic 2000 étaient touchés (et pourquoi ces chansons qui resteront sont signées Berger et Goldman, essentiellement), le cynique ne connait pas la naïveté, il existe en partie parce qu’il sait se moquer d’elle et la remettre à sa place ( dans la poubelle intellectuelle ).


Les chansons ont du pouvoir. La magie combinée de la musique et de la poésie symphonique et déclamée. Nous sommes des animaux, tous nos sens sont focalisés sur une chose essentielle, nous faire ressentir. Millénaire après millénaire, nous avons apprivoisé nos instincts, cultivés leurs différences. De nos tympans servant à nous prévenir du danger ou du chant appelant à la reproduction ( Thanatos et Eros, les moteurs de la vie ), nous avons obtenus un organe qui fait plus que nous pousser à fuir ou à baiser comme bêtes. La musique et la langue parlée reposent sur les sonorités, nous les avons développées, complexifiées au fil du temps et des instruments. Puis est arrivée la musique des années 90 et 2000 et Justin Bieber mais c’est un autre débat, je parle d’évolution, pas de l’inverse qui s’expose sans honte dans l’espace actuel.
Les notes et les syllabes ont commencé à dire quelque chose, à nous toucher au cœur avant de remuer le cerveau. C’est de la magie. Pas un tour de cartes ou de la clinquante prestidigitation. Non, des formules complexes instrumentales et fondamentales à faire passer les passages exotiques du langage d’Harry Potter pour roupie de sansonnet. C’est pourquoi lire de la poésie à haute-voix est plus stimulant.
Sous le pont Mirabeau coule la seine, ce n’est rien. Mais lisez à haute et intelligible voix. Entendez-vous maintenant la peine, la douleur, la mélancolie qui coulent et s’échappent dans les airs. Les paroles s’envolent car la magie est éthérée, les écrits restent pour nous enseigner les formules, rien de plus.
Écoutez le second mouvement de la 7éme de Beethoven. Percevez la force d’évocation dramatique émise par un romantique brisé. Pleurez d’une histoire sans mots mais non sans âme.
Lancez le presto de l’Été de Vivaldi, sentez la galvanisation de vos muscles, de vos sens. Cette envie soudaine de courir, de bondir, de s’esquinter tel un hussard sur le toit.
Et maintenant, combinez donc la langue et la musique. Il y a le désir, l’envie, la libération qui vous étreignent alors que le Nessun Dorma de Puccini pulse dans vos oreilles. Et soudain, ce n’est plus la scène , c’est de votre corps que proviennent les pulsations. La magie de l’opéra a fait de vous une étoile à neutrons, félicitations. Voila l’une des drogues les plus puissantes, cette expérience collective qui vous fait sentir, vous et vous seul, exceptionnel d’avoir compris. D’être entré en connexion avec l’œuvre. D’être à la fois extérieure et intérieur à cet étrange objet. La transcendance. Vous la sentez à cette simple évocation n’est-ce pas, cette onde qui vous inonde autant le cerveau que l’âme.

La magie aide à tenir. Elle nous porte, nous fait mal, nous fait du bien, nous fait vivre. La magie est quantifiable, explicable, infinie et incompréhensible. La magie est tout. Mais surtout, surtout,plus que tout, la magie fait du bien.
Elle sait nous trouver quand nous avons besoin d’elle et s’insinuer sous notre peau, derrière nos tendons et nos os et nous soulever, nous élever , nous remettre sur pieds le temps que nous trouvions comment remarcher sans elle.
C’est ce que France Gall ( et Michel Berger, bien entendu, mille fois bien entendu) a fait pour moi il y a plus de 6 ans maintenant.
Je suis un littéraire et un esthète. Je crois aux pouvoirs des phrases et des images. Mais les pouvoirs s’invoquent.
La magie se convoque, et elle ne répondra que si elle le veut bien. Certains avaient ses faveurs, et ils nous laissent désormais un peu plus seuls…Les chanteurs partent, leur magie reste.
On pleure la disparition des faiseurs de miracles, mais les miracles n'ont pas disparu. Et c'est à ça qu'il faudra s'accrocher...

lundi 18 décembre 2017

The First Order Strikes-Back ! ( est-il sorti jedi dernier ? )

Le Seigneur des Anneaux avait lancé la mode. La trilogie du Hobbit l’avait continuée : Décembre, peu avant Noël, les grosses machines à rêves débarquent dans les salles. Depuis 2015 , c’est au tour de la saga spatiale Star Wars de se placer dans ce créneau hivernal et neigeux : après l’épisode VII et le spin-off Rogue One, c’est donc l’épisode VIII , The Last Jedi, qui atterri dans les salles de cinéma de la voie lactée.

Rey a quitté la base de la résistance. Elle est à la recherche du Jedi Luke Skywalker. Peu de temps après son départ, le Premier Ordre contre-attaque suite à la destruction de la base Starkiller. Finn finira par se réveiller et rencontrer Rose, une mécano un poil soupe-au-lait avec qui il va mettre sur pied une opération censée permettre aux résistant d’échapper à la traque en règle que leur livre le Premier Ordre…

En allant chercher les cinéastes qui auront la lourde tâche de continuer le mythe, Kathleen Kennedy, la présidente de Lucasfilm, a décidé qu’ils auraient la possibilité de laisser leur emprunte sur les films qu’ils auront en charge. Ainsi, J.J Abrams a co-signé le scénario de The Force Awakens et Rian Johnson a écrit tout seul, comme un grand, celui de The Last Jedi. Et le mec s’est fait plaisir.

Débutant in media res en pleine guerre des étoiles, Johnson nous plonge, références visuelles à l’appui, en pleine seconde guerre mondiale version space opera. Les pilotes casse-cou américains ou anglais, les bombardiers et leurs tourelles de protection. La tension monte, le drame se fait puissant et un personnage que l’on connait depuis 10 secondes devient soudain le sujet central de notre attention. Ce que Christopher Nolan peinait à faire au début de Dunkerque , Johnson l’a fait.
La guerre est sale, elle fait des morts et ses conséquences sont un désastre pour tous. Le ton est donné. La résistance joue sa survie.








Rey, quant a elle, rencontre enfin Luke Skywalker. Qui ne réagira pas comme elle l’attendait. Ni comme nous l’attendions. La première réaction de Luke donnera le la des intentions du réalisateur : prendre à contre-pied les attentes du spectateur. 
Cela donne des séquences souvent prenantes ( car totalement inattendues ), parfois cyniques aussi. Nombreuses furent les critiques faites au précédent opus sur sa supposée réutilisation du schéma de l’épisode IV ( billevesées ). Johnson semble avoir décidé quant à lui de pleinement ré-employé certains brins d’ADN de la première trilogie pour…les détourner, nous poser dans un terrain que l’on croît connaître et nous surprendre encore plus. Vous pensez «  Empire Contre-Attaque », le réalisateur vous abuse : Luke n’est ni Obi-Wan, ni Yoda, certes, ces deux personnages ne manquaient pas d’humour et Luke en a développé également, mais pas le même et son approche pédagogique sera tout autre.

Vous pensez « Retour du Jedi » et les choses se mettent en marche différemment. Car là où The Force Awakens convoquait certains codes visuels précis de la saga ( que l’on retrouvaient également dans la prélogie ) , The Last Jedi appelle des thèmes et des schémas connus … pour les retourner. Comme le dit Luke dans la dernière bande-annonce : « Cela ne se passera pas comme tu le crois ».
Le pari est osé, mais payant.
Osé de ne pas nous offrir ce que nous pensions attendre, osé de tenter des choses, quitte à ce qu’une séquence semble un peu ridicule et too-much.

L’on nous criera que séparer les héros pour qu’ils vivent des aventures parallèles fait très épisode V. Et Les deux tours de Peter Jackson ? Séparer les héros est une nécessité narrative connue et reconnue. Elle permet à des personnages dont les actions fonctionnaient grâce à leur alchimie à se retrouver sans leurs aides habituelles. À faire face seul ou avec des nouveaux alliés, de rendre leur monde et leurs expériences plus vastes, plus riches. De grandir avant de se retrouver, pour que le tout soit encore plus grand que la somme de leurs parties.






L’épisode V l’a fait , l’épisode II l’a fait…et malgré la haine que beaucoup porte à la prélogie, jamais le critique n’a pointé du doigt que Lucas se recyclait lui-même. Pourquoi le faire lorsque l’on parle d’une série de films dans laquelle son créateur premier a insufflé ses goûts en matière d’aventures spatiales ( Flash Gordon, John Carter, etc…) et ses passions pour la mythologie ?
Combien de quêtes menées en solitaire par les Chevaliers de la table ronde qui est pourtant sensé être un groupe soudé ? Parce que cela les poussait à se dépasser, à repousser leurs propres limites. The Last Jedi s’inscrit dans cette longue et noble tradition littéraire ! Il ne s'agit donc pas d'un vol au dessus d'un nid de doudous ! ( si vous en savez pas ce qu'est le cinéma doudou, google est votre ami...mais vous allez perdre votre temps ).






Hors , Star Wars est devenu un mythe lui aussi…il se nourrit donc également un peu de lui-même depuis La Menace Fantôme. Mais Lucas n’a jamais tordu les codes qu’il avait mis en place, lui ( non, ce n’est pas une critique voilée, c’est une remarque sur l’aveuglement de certains fans actuels : trouvez des arguments cinématographiques, et là on en reparle sans mauvaise foi ).

Finn doit apprendre à voir l’univers de façon non-binaire et nouer de nouvelles relations fortes en dehors de celle qu’il avait avec Rey. Poe doit devenir plus que le meilleur pilote, il doit devenir un exemple, un chef avisé. Rey doit apprendre à contrôler la Force et voir au-delà de ses illusions légendaires  d’enfant sur les chevaliers de la République. Leurs épreuves séparées sont riches de sens et de fonds (mais impossible d’en parler ici sans spoiler ).




Et il n’y a pas que les héros qui évoluent. Kylo Ren ( Ben Solo ) passe d’un enfant frustré à une figure déterminée mais plus posée, délaissant certains artifices pour avancer et devenir plus intéressant. Là où la relation Luke/Vador restait assez distante ( un fils idéalisant son père et tombant des nues, un père qui découvre un fils 25 ans plus tard, ça ne doit pas aider à avoir envie de se chercher souvent ), Johnson ouvre une porte sur une relation Rey / Kylo Ren.

Toujours dévastée par la mort de Han Solo, Rey veut comprendre ce qui peut pousser un enfant aimé à assassiner son père, là où une enfant rejetée recherche tout ce que le célèbre contrebandier stellaire était prêt à offrir à son fils. Placés sur des voies différentes et des méthodes divergentes, Rey et Ren partagent des points communs qui seront explorés.
Tout est histoire de figures paternelles pour eux deux. Mais là où Kylo cherche visiblement à détruire ses figures, Rey ne peut s’empêcher de les chercher (en Han, en Luke ){1}.
Obsédés par les mêmes thèmes mais pas pour les mêmes raisons.
La saga passe d’une histoire de filiation de sang à la filiation spirituelle. Sans pour autant se départir de la dimension « drame familiale cosmique » qui sied à la saga depuis sa création.

Il en va de même pour les acteurs qui, comme leurs personnages, doivent jouer avec d’autres et sortir de leur zone de confort.
Daisy Ridley incarne toujours avec détermination une Rey guerrière et volontaire mais empathique et optimiste. Alors que leur duo était le sel de The Force Awakens, John Boyega se retrouve bien plus souvent à jouer avec Kelly Marie Tran qu’avec Daisy Ridley.
Oscar Isaac peut enfin jouer autre chose que le gentil pilote assez lisse et donner plus d’amplitude à son jeu d’acteur. Carrie Fischer incarne toujours aussi aisément la princesse Leïa, et Mark Hamill…disons qu’il nous offre un Luke Skywalker jamais vu.
Parfois désabusé, plus ronin que samourai de l’espace, un vieux sage bien en forme à qui l’on demande de reprendre du service et qui rechigne, hanté par un passé pas toujours glorieux. Hamill se donne à fond dans la composition de son personnage ayant évolué ( bien plus que son copain Harrison Ford dans Blade Runner 2049).
Ses mimiques, ses regards… tout concourt à nous faire cerner le nouveau ancien Luke Skywalker. Alors oui, on regrettera sans doute de voir que R2 et Chewie sont un à peine plus présents qu’un caméo. Mais la nouvelle trilogie n’est-elle pas tournée vers l’avenir et donc vers les nouveaux personnages ?




Le film se termine en apothéose guerrière où là encore, tout ce qui nous fait dire «  On nous refait The Empire Strikes-Back » est laminé après deux minutes. Les enjeux se ressemblent, les moyens non. Et les pics émotionnel atteints peuvent laisser KO.
Du début à la fin, rien ne semble se conformer aux attentes ou déduction du public. Respectueux de son héritage mais désireux de ne pas se laisser définir par celui-ci, Rian Jonhson imprime un style différent à la saga et laisse certaines choses en suspens pour offrir des possibilités assez fortes pour l’épisode IX.




Et un challenge pour J.J Abrams de passer après un autre réalisateur, lui qui a eu l’habitude d’imprimer un point de départ et de laisser d’autres finir la chose ( Alias, Lost, Fringe pour évoquer les séries, Star Trek pour évoquer les films et même Mission : Impossible III où il imprimait le début d’une saga au sein même d’une franchise qui avait vu passer De Palma et John Woo avant lui).
Il aura fort à faire quand on voit l’imagerie et les moyens que Johnson a mis en œuvre.
Des moyens techniques (et une certaine maîtrise de ceux-ci ) évidents : le plan travelling nous faisant découvrir la planète casino n’est pas seulement techniquement bluffant, il est aussi un hommage à un plan vaguement similaire du film Wings, premier film à avoir gagné l’Oscar du meilleur film d’ailleurs.
La prédominance de la couleur rouge, couleur de l’agression et de la mort, et de ses différentes teintes, chacune appelant un symbole et donc une interprétation différente de cette couleur ( faites attention à ses différentes utilisations au cours du film ). Et les idées visuelles inédites à la saga sont présentes également. Comme tout bon padawan esseulé, Rey passera aussi par une épreuve de la grotte {2}. Mais attention à la surprise du traitement et de l’image.






Tout comme son comparse Abrams, Johnson use des techniques animatroniques et des images de synthèse. Si le temps des maquettes simulant les vaisseaux spatiaux est bien révolu, les robots, les maquillages, les décors travaillés avec soin, etc…font partie de l’arsenal de guerre du réalisateur , là où Lucas avait privilégié le numérique comme arme quasi-absolue. Le mélange des deux n’atteint pas le niveau d’excellence de Spielberg sur Jurassic Park et The Lost World (mais qui rivalise avec Spielberg, à part Cameron ? ) mais on sent que l’ambition est là. Le design de production est soigné et les techniques pour le rendre beau ont sans doute été pesées avec soins pour savoir laquelle serait utilisée au bon moment pour servir au mieux le film.

Les gardiennes du temple Jedi sur Ach-to. Fort différentes des gardiens des whills de Rogue One hein ?

Niveau ambition musicale par contre, John Williams n’est plus au top. Attention, l’homme reste un compositeur de premier rang, capable de vous faire vous envoler avec sa musique. Mais la fougue et la richesse d’antan sont derrière lui.
Si le thème musicale de Rey et de la résistance fonctionnaient (et fonctionne toujours ) dans le précédent film, le reste de la musique était souvent démonstratif (là où Michael Giacchino, arrivé à la bourre sur Rogue One a laissé plus de nouvelles mélodies en tête).
Rebelote ici où Williams reste des plus agréables à écouter mais des plus oubliables à la sortie de la salle. Certes, il retravaille ses thèmes existant (parfois depuis 1977 ) mais ce qu’il propose de neuf ne marque pas les esprits plus que ça. Dommage sans être jamais honteux, surtout de la part d’un compositeur qui a déjà 85 ans !



The Last Jedi divisera. Les fans de la première heure, les fans « gardiens du temple » intégristes, les spectateurs plus lambda.
Car il propose un vrai regard d'auteur tranché sur l’ensemble de la saga, de ses concepts manichéens trop simples au goût du réalisateur et sur l’agencement des divers éléments qui le compose. Même les combats au sabre ne seront pas ce à quoi vous vous attendez.
Mais il est un spectacle riche, généreux, long sans être lent ( les 2h30 passent vite mais l’on sent que certaines scènes manquent où ne sont pas approfondies comme il le faudrait. C’est un Star Wars, pas un film de Peter Jackson sur la Terre du Milieu ) .

On lui pardonne bien vite des dialogues parfois trop appuyés pour décrire le caractère des personnages ( ce n’est pas les bisounours ou Skeletor mais c’est parfois un tantinet cliché chez certains personnages heureusement peu nombreux ) et l’on reste estomaqué par le spectacle et ses répercussions sur la saga, ses héros et leurs futurs à tous…Un blockbuster dans ce qu’il a de plus noble. Et qui mérite plus d’une vision pour l’appréhender pleinement !

Que la Force soit avec nous, encore deux ans à attendre !



nb: cette critique ne fait que survoler le film. Pour pleinement l'analyser, il aurait fallu rentrer dans des détails sensibles. Néanmoins, je note mes idées pour plus tard. 2020 sera l'année où je pourrais vraiment faire des parallèles entre les trois trilogies,etc...


{1} Tuer le père. Rechercher le père.
Deux quêtes différentes.
Plus marquées dans cette nouvelle trilogie (et Rogue One) que lors des 6 opus précédents.Et pour cause.
Mais d'abord, revenons sur la figure paternelle telle que vue par George Lucas et dépendant de son vécu. Lucas avait un père qui rêvait de voir son fils reprendre l'entreprise qu'il avait fondée. George n'en avait cure. Il voulait vivre sa vie, tracer son propre chemin. Il est Luke, son papa est Darth Vader ( simplifions ).
Ce rejet du père, il l'insufflera aussi dans son autre grande création : Indiana Jones. Indiana est un nom d'aventure, son vrai nom est Henry Jones Jr. Indy rejette l'héritage de la famille, forge son prénom et laisse tomber le Jr. Alors que son père ne cesse de lui rappeler qui il est.
Mais si ce brave Sean Connery n'est pas aussi noir que Vader c'est pour une raison simple. Lucas n'est pas aux commandes de la saga Indiana Jones, son ami réalisateur Steven Spielberg est derrière la caméra. Et il a beau dire ce qu'il veut dans les making-of, il n'est pas là juste pour mettre son talent au service de Lucas, il sait imposer des choix et des thématiques.Et la thématique la plus chère de Steven Spielberg, c'est la recherche du père, la reconnexion avec lui. Traumatisé par le divorce de ses parents qui le conduira à essentiellement vivre avec sa mère, Spielberg a jalonné sa carrière de tentatives cinématographiques de rassembler sa famille ou de pointer du doigt ce manque , ce trou béant qui l'a animé ( Elliott dans E.T , c'est lui ! Les enfants de divorcés dans Jurassic Park à la recherche d'un parent de substitution ? La fille de Ian Malcolm  - Le Monde Perdu - qui vit mal que celui-ci parte si souvent sans elle ? Je continue ?  ).
Alors , que croyez-vous qu'il peut bien se passer quand la directrice de Lucasfilm engage J.J Abrams, Gareth Edwards ou Rian Johnson pour s'attaquer à Star Wars ?
Ils sont la génération qui a grandi avec La Guerre des Étoiles. Mais ce ne sont que 3 films. 3 films parmi ceux qui auront marqué les années 80 et 90, et la majeure partie de ces films sont signés Spielberg ou produits par lui.
L'épisode VII est co-écrit et réalisé par J.J Abrams ( l'autre scénariste, a écrit L'empire contre-attaque...et Les aventuriers de l'arche perdue. Réalisé par qui déja ? ). Abrams est l'héritier reconnu de Spielberg. Par ses collaborateurs : Tom Cruise le décrivait comme cela, lui qui avait bossé deux fois avec le grand barbu auparavant. Et par Spielberg lui-même, honneur qu'il n'avais accordé.

J.J est un enfant Amblin, revoyez Super 8 pour vous en convaincre. Son personnage principal, Rey, recherche un père (une famille ), c'est désormais un angle d'attaque Spielbergien.
L'antagoniste cherche à détruire ses figures paternelles, c'est un personnage Lucassien poussé à bout dans sa logique de destruction. Un peu comme les premiers fans de Star Wars perçoivent à George Lucas quand ils évoquent les épisodes I à III.

Rebelote dans Rogue One. Jyn Erso cherche bien plus son père (dans les deux premiers actes ) qu'à aider les rebelles. Et Gareth Edwards sortait de la réalisation de Godzilla, l'hommage le plus marqué et le plus assumé à Jurassic Park depuis...depuis Jurassic Park ! On notera cependant qu'autant Godzilla que Super 8 se concentrait sur une variante : le héros n'était pas en manque de père mais de mère. Histoire de changer un peu une dynamique que le maître a si souvent employée.
Les auteurs embrassent leur héritage culturelle. Star Wars en fait partie, mais apparemment, quelqu'un les a  fait bien plus rêver que George Lucas sur le long terme. Hors, si Indiana Jones nous prouve une chose, c'est que les histoires de Lucas s’accommodent très bien des injections de l'ADN cinéma de Steven Spielberg. Ses héritiers et enfants spirituels le savent ou le sentent. Ils l'appliquent en tout cas.

{2} Sur le sujet, votre serviteur s'est fait avoir. J'étais certain qu'une telle épreuve l'attendrait, comme elle a attendu Luke lors de son initiation avec Yoda. Et lorsque les bandes-annonces ont donné un aperçu aquatique de ce passage, j'ai pensé à un concept développé à la base pour l'épisode 7.
Lors de la conception de l'episode 7, l'équipe de production est partie à la recherche de concepts, d'images fortes.
Les premiers dessins et les premiers pas de l'histoire étaient un peu différents. Rey s'appelait Kyra et la planète dépotoir de Jakku avait un autre look ( il y avait des canaux à la Venise par exemple).
Hors , une des idées qui avaient été avancées, était l'exploration des ruines de la seconde Étoile de la Mort qui serait tombée dans un gros lac sur Endor. J'ai crû que cette idée serait reprise comme épreuve de la grotte baignée (c'est le cas de le dire) par le côté obscur. Je me suis trompé. Bien que l'idée (et les images qui iraient avec) est bonne et peut encore être utilisée dans le IX.




Je vous invite à lire les deux ouvrages suivants pour plus de détails.





dimanche 10 décembre 2017

Silence, on tue.

1995. Michael Mann sort Heat, polar inclassable où deux monstres sacrés du cinéma s’affrontent :
Robert de Niro et Al Pacino.
L’un,De Niro, incarne un braqueur pro, soignant aussi bien son apparence que ses coups. Lorsque que le dernier dérape par la faute d’une tête brûlée qu’il venait de recruter,il se retrouve avec Pacino sur le dos, super-flic cocaïné, aux méthodes diverses allant du scientifique, old school et instinctive extrême.

Au fil de ce jeu du chat et de la souris, les deux hommes en viennent à se respecter malgré les deux mondes distincts auxquels ils appartiennent. Mais l’un est flic, l’autre voleur. L’un veut absolument l’arrêter, l’autre être libre à tout prix, quitte à plaquer femme et foyer dans la foulée.

Heat est de ces films ambitieux et millimétrés qui permettent d’entrer dans la salle, d’en sortir 3 heures plus tard et de se dire «  Putain, déjà le générique ? ». En ciselant autant sa réalisation, son montage et son écriture, Michael Mann ( qui signe en fait un remake de son téléfilm L.A Takedown ) offre un spectacle dense et intelligent, documenté et précis.
Le gras, ça n’existe pas dans ce film.

Sans jamais se poser en juge (ou très rarement), Mann présente ses personnages, leurs familles, leurs envies, leurs méthodes, leurs philosophies de vie. Voyou ou gendarme, tout le monde a son histoire, ses liens, ses failles, ses atouts et ses faiblesses. Un braqueur peut être un gentleman , un flic un mari absent (et le beau-père prévenant quand même ) . On comprend pourquoi chacun crée ce sentiment de fidélité chez son équipe. La rencontre entre ces deux poles intervient à la moitié du film ( ils ne partagent que deux scènes ensemble ! ) et provoque un drôle de sentiment. Pas de violence, pas de méchant contre le gentil. Non, une discussion, entre deux êtres avec du vécu, du recul, qui devaient se voir face à face pour se juger, se jauger et confirmer les impressions qu'ils avaient l'un sur l'autre. Des antagonistes par choix de carrières mais pas par idéologie, encore moins manichéenne. Le public est surpris, le public est conquis.

Bien entendu, les deux pointures que sont Al Pacino et Robert De Niro assurent ( ils étaient au somment de leur art à l’époque ) mais c’est le soin apporté aux choix des interprètes des seconds rôles qui enfonce encore plus le clou.
Têtes connues ou en passe de l’être (ou même pas du tout), le choix et la direction des acteurs est à l’image du travail technique : c’est réglé comme du papier à musique. Et la symphonie urbaine et humaine de l’ensemble est un magnum opus enveloppant et magnifique, un chef-d’œuvre absolu maintes fois copié mais jamais égalé. 
Même son auteur ne s’y risquera pas, préférant surprendre son monde avec Miami-Vice, faux polar mais vrai film romantique-à-mort. Le véritable auteur sait quand il a atteint l’Everest et qu’il ne pourra plus refaire l’ascension

Mann ne cherche jamais à créer un rythme trépidant pour masquer les trous et les incohérences de son scénario dans un film qui dure 3 heures et ne comportent peut-être quoi, 30 minutes d’action ( dont une scène de fusillade d’anthologie qui réveille vos voisins chaque fois que vous la regarderez sur votre écran).
Et pourquoi ne cache-t-il pas ses erreurs ? Parce qu’il n’y en a pas. Mann a potassé son sujet comme un pro : il sait qu’il n’est ni truand ni policier et qu’il va devoir gratter les surfaces de ces mondes pour fournir un travail exemplaire et ne pas, surtout pas, se reposer sur ses lauriers et ses acquis.La marque des vrais grands.

mercredi 6 décembre 2017

The(l)ma

La Suède a la cote depuis quelques années, merci Stieg Larson et sa trilogie Millenium. Mais voila que l’on vient nous rappeler qu’il serait idiot d’oublier sa cousine la Norvège.

Thelma est une jeune étudiante en biologie à l’université. Un peu solitaire, un peu déphasée, sa vie est rythmée par les cours, les séances en bibliothèque et les appels téléphoniques de ses parents qui semblent la surveiller chaque soir ( merci Apple et Facebook ). Des parents ultra-cathos qui semblent faire peser une chape de plomb sur leur fille unique. Manifestement mal dans sa peau, Thelma finit par craquer et convulse en pleine bibli devant tout un tas d’étudiant dont la belle Anja. Les deux jeunes femmes se rapprochent au point de nouer une relation amoureuse compliquée. Dans le même temps, les questionnements existentiels de Thelma coïncident avec des événements étranges, voire surnaturels…

Le réalisateur Joachim Trier s’avance sur le chemin balisé du passage à l’âge adulte mâtiné de paranormal : c’est Carrie de Stephen King, c’est Spider-Man ou les mutants chez Marvel, c’est même malheureusement des séries comme Smallville ou Roswell (ou Buffy pour ceux qui voudraient la qualité, ne soyons pas dans le négatif absolu ).

Bien employé,le surnaturel devient le catalyseur qui permet de mettre en lumière les difficultés et les combats pour s’intégrer aux autres et se différencier de ses parents, des modèles parfois encombrants qui ne vous lèguent pas que de l’ADN mais aussi une éducation et des convictions qui ne s’accordent pas forcément avec vos aspirations profondes ( comment aborder les sciences modernes en sortant d’une famille tellement croyante qu’elle ne remet pas en cause le dogme des 6000 ans de la Terre – et bonjour la façon dont ils doivent percevoir l’homosexualité -, comment comprendre des parents ayant trouvé Dieu et exerçant comme médecin moderne ? ) .

Les thèmes abordés ne manquent pas et ne le sont jamais grossièrement ou survolés. Le dosage est celui qu’il faut pour que le spectateur se pose des questions sans qu’on ne lui assène les réponses.




Dans ce parcours initiatique tordu, les symboles ne manquent pas : du plus évident serpent au plus obscur corbeau, ils passent, ont de l’importance mais ne phagocytent pas l’image qui reste dans une veine de réalisme froid (le ciel est couvert presque en permanence ) , marquant l’irruption de fantastique de manière plus marquante.
On regrettera une scène usant des CGI qui aurait gagné à être montée un peu autrement.Mais l’angoisse ne tient pas tant aux manifestations des capacités de Thelma que du cortège des affres bien terre à terre qu’elle subit, son isolement et son incapacité à y faire face ( la scène de la piscine ) , une famille abusive mais aimante ( enfer pavé de bonnes intentions ?  ) créent une ambiance anxiogène qui, malgré une certaine lenteur du film, fascine, révulse, fait réagir. Autant victime que capable coupable,le destin de Thelma nous attrape et demande à ce que l'on assiste à ce que le futur lui réserve et ce qu'elle réserve au futur.

Thelma est incarnée par Eli Harboe, jeune actrice norvégienne au jeu tout en subtilité. Ses expressions, ses regards, tout concourt à la rendre immédiatement attachante et à se prendre de sympathie et d’empathie pour elle. La belle Anja, est interprétée par l’actrice américano-norvégienne Kaya Wilkins. L’alchimie entre elle deux forme le cœur battant du film.

Harboe se donne âme et corps dans son interprétation, ses crises - appelons-les d'épilepsie - ne semblent pas clichées et illustrent à la fois cet esprit qui s'ouvre et lutte, ce corps confronté à de nouveaux stimulus ( changement d'environnement, expérimentation de certains breuvages que la religion réprouve, désirs charnels inassouvis et inavouables de par son éducation ). L'âme se replie sur elle-même en même temps que le corps. Jusque dans cet ultime spasme filmique dont je ne dirais rien.

Un film venu du nord qui ne peut pas laisser froid.