mardi 21 mars 2017

Weapon X : les griffes de l'inouï.

À l’occasion de la sortie au cinéma de Logan, Panini Comics en profite pour sortir ou re-sortir plusieurs titres liés au mutant griffu. Parmi ceux-ci, une réédition luxe de Arme X, scénarisé et dessiné par Barry Windsor-Smith.

Arme X, c’est le nom du fameux programme qui a tenté de créer des super-soldats dans l’univers Marvel. L’expérience a entre autres créé Wolverine, X-23 ou encore Deadpool. Récit écrit dans les années 80, Arme X se base sur le peu d’informations et les zones floues que le scénariste Chris Claremont a dispensé depuis le milieu des années 70 sur le compte de Logan dans Uncanny X-Men.

En raison du côté sopa-opera de l’univers Mutant chez Marvel, certaines données de ce comics pourraient faire tiquer le lecteur se basant sur des comics plus récent voire sur celui qui ne connaîtra les X-men que par le biais du cinéma. Soit, cela étant dit, il faut se pencher sur l’œuvre elle-même et non sur ses voisines.


Barry Windsor-Smith ne nous aide pas, ne nous ménage pas. L’action débute in media res, floutant les barrières entre flash-back et action présente. Logan, policier au Canada est kidnappé pour subir une intervention peu banale : le métal adamantium devra être greffé à son squelette par une équipe de scientifiques. Petit à petit, les pièces se mettent en place pour arriver vers un récit plus linéaire mais à nous de remettre certaines parties en ordre.







Bien que Logan soit l’élément central, il n’est au final qu’un personnage très secondaire du récit qui se concentre essentiellement sur l’équipe scientifique. Leurs magouilles, leurs doutes, leurs scrupules. Le tout dans une atmosphère anxiogène : le laboratoire de recherches ressemble à un bunker perdu en pleine forêt. Si quelque chose tourne mal, le monde extérieur ne viendra aider personne. Et, on le sait tous, Wolverine s’est échappé de l’endroit avec pertes et fracas. Wolverine qui prend ici la forme la forme d’une force de la nature se rebellant face aux forces de la science sans conscience : la machine à tuer que l'on pensait docile et apprivoisée face à la machine à déshumaniser incapable de comprendre que la vie veut sortir à l'air libre ( thème central de tant de romans et d'histoires de science-fiction, tel le récent Morgan de Luke Scott ou le plus ancien Jurassic Park )



Considéré comme un court sur pattes ( contrairement à Hugh Jackman, Wolverine est décrit et dessiné très souvent comme un homme ne dépassant pas le mètre 70 : Peter Parker est plus grand que lui ), Wolverine prend ici des allures de géant, une bête tenant presque du loup-garou dont on aurait rasé les poils. Ses facultés de guérison et ses griffes de métal en font le parfait tueur de film d’horreur, celui qu’on n’arrêtera pas.




Windsor-Smith livre un récit peu manichéen : à part un scientifique vendu, le reste de l’équipe est plus ou moins correcte ou en tout cas moins pourrie. Wolverine quant à lui a d’excellentes raisons de vouloir sortir du bunker mais ses méthodes sont-elles justifiées ? En livrant le récit tel quel sans voix-off pour expliquer qui est dans le bon qui est dans le mauvais, Windsor-Smith laisse le lecteur se faire son propre avis sur la question. L’œuvre est riche, thématiquement et visuellement, et appelle plusieurs lectures. Et laisse planer le doute sur les griffes du mutant : résultantes de l'expérience ou présentes avant que le métal ne recouvre ses os ? Windsor-Smith semble partisan du fait que l'un des attraits du personnage restent ses zones d'ombres. La futur lui donnera tort : son passé est désormais un terrain défriché et il continue à être apprécié du public.

Le trait de Windsor-Smith est effilé, aérien. Les détails abondent et plongent le lecteur dans une ambiance de SF nihiliste. Seuls les visages font partie des faiblesses du dessinateur tant ils ressemblent à du John Byrne ( c'est-à-dire ridés et semblant être tous issus de la même famille).
Les couleurs criardes d’époque sont un peu kitsch mais participent pleinement à la création de l’atmosphère de l’histoire. Un défaut vite expédié face à l’histoire et aux dessins qui n’en sortent pas desservis. Des dessins mis en valeur par cette nouvelle édition en très grand format qui en met plein la vue.

Arme X est l’un des récits fondateurs de la mythologie autour de Wolverine. Un immanquable, si vous ne l’avez pas encore, qui marque encore le destin du mutant dans les publications qui lui sont dédiées depuis des années.




mercredi 15 mars 2017

Pris pour le roi des Kong.

Le cinéma est un langage ( je crois me répéter là, je vous ai déjà bien emmerdé avec ça avant, non ?).
Et le langage sert à raconter des choses.
Des choses anciennes et des choses nouvelles.
Si la littérature antique, classique, moderne a accouché de mythes et les a recyclés, le cinéma a également créé les siens.
King Kong est de ceux-là. Comme tout bon mythe, il est porteur de sens, il a des couches à explorer. Depuis quelques temps (et ça aussi j’en avais déjà parlé ici auparavant ), j’en viens de plus en plus à considérer l’analyse filmique comme des fouilles archéologiques. Il faut explorer les strates ! Creuser, découvrir, déduire !

Alors que Kong Skull Island vient de sortir sur nos écrans, un rapide coup d’œil sur le Roi me paraît utile avant d’évoquer son retour !
Non, je ne parle pas d’Aragorn !

King Kong apparaît pour la première fois dans le film portant son nom et sorti en 1933 réalisé par Cooper &Shoedsack ( ils tournaient en même temps le film Les Chasses du comte Zaroff, avec la même équipe : un film le jour, l’autre la nuit…dans les mêmes décors !).
Tout le monde connaît l’histoire de ce grand singe sur une île perdue de l’Océan Indien où une tribu lui sacrifie des jeunes filles.
La dernière en date se trouve être Ann, jeune femme faisant partie de l’expédition de Carl Denham. Si vous connaissez l’histoire, c’est parce qu’elle fait partie désormais de la culture populaire. Elle est d’une nature tellement mythique qu’elle hante désormais l’inconscient collectif même si vous ne l’avez jamais vu. Un peu comme l’histoire de Superman : tout le monde la connaît même sans avoir jamais lu un comic book ou regardé un film sur le sujet.
C’est la magnifique Fay Wray qui prête ses traits à Ann. Et Naomi Watts dans le fastueux remake de Peter Jackson. Jessica Lange, quant à elle, incarne Dwan dans le remake boiteux de John Guillermin (1976) qui situe l’île dans le Pacifique cette fois-ci. Toujours, la bête s’éprend de la belle…blonde. Détail important, si si. Sinon on pige pas pourquoi Kong est sympa avec le personnage de Brie Larson dans le film qui va nous occuper. Ah ça débute bien s'il faut penser aux autres films pour piger ce qui se passe dans celui-ci supposé être indépendant.







Deux blagues qui ne fonctionneraient pas si le gros singe n'était pas entré dans l'imaginaire collectif. En plus ,Cake Kong possède aussi le cri de Godzilla. Tout se tient.

Kong, chez Cooper (et également chez Jackson) est un être métaphorique, complexe. Plus que les personnages humains qui l’entourent alors qu’il n’est qu’une marionnette artificielle. Il illustre à la fois le monstre de la grande dépression qui frappe l’humanité, il est également cette part animale de l’humain qui représente son instinct de survie. Il est le héros et l’antagoniste, le bourreau et la victime. Il nous dit des choses sur notre monde (métaphore) et sur nous-mêmes (projection). Peter Jackson donnera plus de personnalités à ses personnages mais la lecture de Kong restera peu ou prou identique puisqu’il a choisi de situer son film dans les années 30.






Bond dans le temps :2014.
Gareth Edwards livre son hommage à Spielberg et à Jurassic Park en particulier avec Godzilla. À la même époque, deux choses se jouent.
Premièrement, Marvel a prouvé qu’un univers partagé par plusieurs personnages différents au cinéma, c’est viable. Et ça rapporte un max de blé. Chaque studio veut son univers partagé ! Universal planche sur un monde où Dracula, la Momie et Frankenstein pourront se croiser sans réitérer le fiasco Van Helsing. Warner possède DC comics et commence à se dire que Man of Steel pourrait servir de pierre angulaire à un monde peuplé de super-héros : ça donnera Batman v Superman mais aussi malheureusement Suicide Squad.
Deuxièmement, le projet Skull Island, dans les tuyaux depuis un moment ( il attendait que le scénario soit peaufiné et que Tom Hiddleston soit un peu plus disponible ) est soudain mis en stand-by. Car la Warner a les yeux plus gros que le ventre. Elle veut DEUX univers partagé : un pour ses héros , l’autre pour ses monstres. Si Pacific Rim se permettait de faire combattre des ersatz de Gundam et des Kaïjus (monstres à la Godzilla, pour faire simple) et fonctionnait, pourquoi Godzilla, emblématique, contre King Kong, mythique, ne prendrait pas ? Les Japonais l’ont fait en plus !



Skull Island est repensé. Le roi Kong fait au mieux 12 mètres debout. Godzilla, dans sa version la plus petite côtoie les 60 mètres. Le dernier en date fait presque 120 mètres. Il est décidé de faire de Kong un singe de 110 mètres de haut. Tout le film et sa mise en scène doivent donc être repensés. Des détails du scénario aussi (comme l’inclusion de l’agence Monarch aperçue dans Godzilla en 2014).

Et donc, que nous raconte donc Kong Skull Island , nouveau titre auquel on a ajouté Kong au cas où le public serait inculte ? Et bien grosso modo, ça garde la structure d’un King Kong sans la partie urbaine. Alors que chaque version précédente avait joué sur l’opposition jungle verte et jungle de béton jusque là…
Nous sommes en 1973. Bill Randa (le toujours excellent John Goodman ) réussit à convaincre un sénateur de le laisser partir à la découverte d’une île récemment découverte par satellite. Randa demande aussi l’appui de troupes militaires. La guerre du Vietnam vient de se terminer et l’escouade du colonel Packard est prête pour cette dernière mission avant de rentrer au pays. Randa engage le britannique James Conrad (Tom Hiddleston) , un traqueur habitué au territoire de la jungle. Mason Weaver (Brie Larson), photo-journaliste arrive quant à elle à obtenir l’autorisation de couvrir la mission. Arrivés sur l’île, les hélicos se font attaquer par un singe géant. Les survivants sont éparpillés dans la jungle et commencent leurs marches pour se retrouver avant de se rendre au point d’extraction prévu. En chemin, le groupe mené par Conrad fait la rencontre d’un aviateur américain abattu durant la seconde guerre mondiale : Hank Marlow. Un homme dont les connaissances du terrain seront fortes utiles.

Derrière tout ça, 4 scénaristes ( rarement un bon signe ) et un réalisateur, Jordan Vogt-Roberts, dont c’est le premier film Hollywoodien après un petit film indépendant ( ça, ça passe ou ça casse ).

Les intentions de l’équipe semblaient bonnes. Revenir à un Kong originel : sur deux pattes comme dans le premier et le remake de Guillermin , casser le schéma tournant autour du kidnapping de la belle par la bête et changer du tout au tout le comportement des indigènes de l’île. Bref sortir des sentiers battus autour de Kong ( quand bien même certains sentiers sont magnifiques, comme ceux dessinés par Peter Jackson dans sa version de 2005 ). Hélas, quand on joue avec les mythes et les symboles, il faut savoir les manier. Ou tout du moins savoir manier une caméra quand on fait du cinéma. Vogt-Roberts échoue sur ces tableaux. Kong n’est jamais rien d’autre que ce qu’il est c'est à dire un singe géant dont l’âme émane un peu car le travail d’écriture autour des personnages humains est réduit à moins que le minimum syndical : ils sont leurs fonctions. (et parce que ILM fait un boulot monstre-oui j’ai osé- et que la « vallée mystérieuse » est de plus en loin dans l’œil en image de synthèse).
Point barre. À peine peut-on coller une allégorie écolo sur ce grand primate. Mais elle est tellement boiteuse que son propos en devient le degré zéro de la moralisation et jamais une prise de conscience.


On ne risque pas de le confondre avec celui de Jackson, c'est déja ça.

La guerre du Vietnam, certains plans et surtout l’affiche IMAX convoquent le spectre fumant d’Apocalypse Now. Et qui convoque Apocalypse Now convoque également le roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Logique, puisqu’Apocalypse Now se veut une version moderne du roman.
En remontant le fleuve, en s’enfonçant dans la jungle humide, ce n’est pas qu’une aventure que le héros ( Willard chez Coppola, Marlow chez Conrad) va vivre, mais une plongée de plus en plus profonde dans la psyché humaine et les sombres alcôves qu’elle abrite en nos esprits. Avec une subtilité digne d’un troupeau d’éléphant dans un magasin de porcelaine, le film nous offre un héros nommé Conrad et un autre Marlow. Pire qu’un clin d’œil , un gros fuck en forme de fluo rose bonbon bien pétant. Le réalisateur , qui semble en interview connaître son sujet, se fourvoie, se vautre complètement en restant à la surface de toutes ses/ces références. Tel un enfant devant de la glaise, Vogt-Roberts n’a ni la maîtrise ni le talent pour faire de la poterie.

 Comparez avec l'affiche qui ouvre cet article.


Heureusement que certains arrivent quand même à bosser.
Larry Fong, directeur de la photo, donne de la texture à l’ensemble. Les couleurs ressortent quand il le faut et certains plans enfumés sont tout bonnement beaux.
Le montage de Richard Pearson ( The Accountant)  donne un rythme à l’ensemble qui permet de ne jamais s’ennuyer. Sans pour autant vraiment ressentir quoi que ce soit. Ni mollasson, ni spectaculaire, le film proposé mise avant tout sur le gigantisme de ses monstres plus que sur une idée ou une proposition de mise en scène. Mal écrits, on ne s’attache pas vraiment aux personnages. Le scénario les rend sacrifiables car sans personnalité. Alors que leur en fournir une aurait rendu la mort de certains personnages mémorable ou du moins frappantes ( James Cameron l’avait parfaitement compris dans son Aliens, lui aussi emplit de réminiscences du Vietnam). Ici, la mort est soit anecdotique soit franchement ridicule. Le ridicule fait rire le public alors faisons le rire avec la mort. L’humour Marvel Studio de bas-étage fait désormais école et autorité. Triste constat.




Puisque que l’on parle de Marvel, notons que Tom Hiddleston et Brie Larson sont respectivement Loki et la future Captain Marvel ( le film arrive bientôt).
Hiddleston est le prototype du mâle alpha chevalier blanc. S’il aborde ce rôle avec sérieux (et démontre lors de sa scène d’intro que Putain de merde il ferait un sacré bon James Bond ), son personnage mord sur le territoire de Larson : reporter de guerre , elle est censée en imposer. Mais elle se fait soit protéger par Conrad soit fermer sa gueule par Packard sans jamais oser la ramener. Les seules séquences où ses actes collent avec le personnage que l’on nous a vendu au début du film, c’est quand les mecs et les gros bras sont absents. Quant on veut mettre un propos féministe, on le met en entier (n’est pas Gareth Edwards qui veut). Le machisme et le sexisme de l’époque sont bien rendus, l’opposition féministe s’efface face à eux. Pas jojo comme message. Qu’est-ce que Brie Larson fait dans cette galère, ça me dépasse.
Goodman est égal à lui-même : énorme. Sa présence physique et son aura de talent sauve le rôle mais de peu.




Les deux seuls rôles avec de la texture sont attribués à John C. Reilly dans le rôle de Marlow, un pilote qui a passé presque 30 ans sur l’île. Rendu à moitié barge, le personnage bénéficie des meilleurs dialogues . Quand à Jackson, on lui colle le grade de colonel ( comme Kurtz dans Apocalypse Now : il a la même coupe de cheveux que Brando d'ailleurs), et un tempérament à la Achab , le capitaine de Moby Dick. Mais sa baleine blanche est un singe géant et brun. Frustré de ne pas avoir fumé le Viêt-Cong, Packard veut se faire Kong tout court.
Mais la nature rigide et clichée du militaire borné de son personnage amène avec des gros sabots le propos antimilitariste du film. Tout ce que le film dénonce, il le fait sans aucune subtilité, sans nuance et avec une morale bien-pensante qui confine à la connerie absolue tant son opposition manichéenne se fait au premier degré. Tout le temps. Même en 3D, le film n’a aucun relief.





Il en ressort cependant quelque chose de positif. En sortant de la salle, j’ai eu envie de revoir Jurassic Park, Le Monde Perdu et le King Kong de Peter Jackson. Des films avec un propos et un réalisateur compétent aux commandes.

Dans la jungle, terrible jungle...♫♪♫

mardi 7 mars 2017

True Griffe.

Après 17 ans de bons et loyaux services envers des films bons, très bons ou franchement mauvais, Hugh Jackman a annoncé son départ de la franchise X-Men et son désir d’abandonner le personnage de Logan, Wolverine, James Howlett ( vous avez l’embarras du choix pour le nommer…ça arrive quand on a presque deux cents ans, une carrière de super-héros et qu’on a une belle amnésie en prime ). Entamée en 2000 au cinéma (et oui, déjà….payez votre coup de vieux ! ) , la saga X-Men c’est 9 films (10 si l’on compte Deadpool ) dont 3 centrés sur le personnage de Wolverine, personnage déjà trèèèès mis en avant dans les autres longs-métrages de la série d’ailleurs.

Il faut dire que l’aura du mutant griffu est grande depuis sa première apparition dans les comics et son interprétation par Jackman a rajouté une couche à sa popularité : le public aime les personnages tragiques qui souffrent, c’est comme ça ( Sadisme ? Empathie ? Qui sait ? ). Et de la souffrance, il y en a dans Logan. Beaucoup, sous diverses formes.


Alors que les films X-men restaient flous sur l’époque de leur action ( à peine savions-nous dans le premier épisode que tout ça se déroulait dans un futur proche. Futur Proche très vite rattrapé par la réalité morbide : les Twin Towers apparaissent dans le premier film et sont tombées un peu plus d’un an plus tard), les films se situant dans le passé n’ont jamais vraiment caché les dates.
Logan se place dans cette nouvelle approche et annonce la couleur après quelques minutes, brutales et sauvages donnant le ton du métrage.

Nous sommes en 2029. Les mutants semblent une espèce presque disparue. Un Logan vieillissant officie sous son nom de baptême, James Howlett et son facteur de régénération rapide a de sacrés ratés. Ses griffes sont de plus en plus rouillées (façon de parler), et il gagne sa vie en étant chauffeur de limousine.
Son emploi sert à entretenir Charles Xavier, mentor des X-men et père de substitution pour Logan. Charles Xavier perd la boule ( de billard ) et le nord. Pourquoi les mutants ont-ils presque disparu ? Où sont les X-men et pourquoi diable Logan et Charles vient-ils au Mexique, près de la frontière des USA avec Caliban, un mutant allergique au soleil (et déjà aperçu dans Apocalypse, incarné par un autre acteur). Le mystère plane mais les réponses viendront plus tard. Car alors que Logan pense que sa vie est un train-train parfois pesant ( Charles se comporte comme un vieil homme atteint de démence et se montre tour à tour paternel ou odieux), une femme vient lui demander de la conduire elle et sa fille,Laura, jusqu’au Dakota du Nord où elles pourront ensuite passer au Canada pour échapper à d’étranges poursuivants.
La fillette possède des dons particuliers. Des dons qui rappellent ceux d’un héros que Logan tente d’oublier et d’enfuir sous l’alcool : Wolverine !







James Mangold a une filmographie atypique. Un peu touche-à-tout ( polar, thriller,drame, espionnage, comédie, western), il semble affectionner les personnages torturés et psychologiquement atteints. Même son très fun et décomplexé Knight and Day, comédie d’espionnage portée par un Tom Cruise en forme et rigolo, est emprunt de douleur ( Knight and Day, c’est Mission :Impossible si Ethan Hunt fait une dépression nerveuse et décide de s’enfoncer dans le déni en prenant les choses à la rigolade…cocktail dangereux ! ). Le voir débarquer sur The Wolverine était une bonne chose pour ce personnage. Si le film a de gros défauts, il a aussi d’immenses qualités.




Pour ce second volet sous sa direction, Mangold change totalement de registre. L’épisode précédent voyait la renaissance de Wolverine dans un pays étranger et contrasté, le Japon, où villes géantes côtoient petits villages paisibles et intimes. Il voyait aussi le postulat de départ – Logan chien dans un jeu de quilles – partir un peu en vrille avec son délire de SF ( qui passe bien mieux au second visionnage, comme quoi).
Mais le succès aura été au rendez-vous. Et puisque que Jackman voulait quitter le rôle, autant le faire partir en beauté.
Bien plus libre que sur le précédent opus, James Mangold ( qui co-signe le scénario) décide de piquer les codes du western et de les appliquer à son Logan. Logique. Logan s’inspire très librement de Old Man Logan, un comic-book qui imagine la vie de Logan dans un futur où les héros ont disparu et où Wolverine est devenu fermier, avec femme et enfants. Un événement tragique le lancera sur les routes en quête de vengeance. Mangold a gardé l’ambiance western, la disparition des héros (ici les mutants, tous les supers dans le comic) et le côté road movie.




Vous le sentez l'ADN Western là ? (L'affiche, le comic d'origine et un concept art)

Crépusculaire et aride, Logan est un peu le Skyfall de Wolverine mais il est carrément le True Grit du personnage. Un personnage sur le retour, qui accepte une dernière chevauchée pour aider une jeune fille en difficulté. Les paysages désertiques sont là, les couchers de soleil aussi. Les petites villes et les fermiers oppressés par de plus gros propriétaires également.
La figure des cow-boys sans scrupules trouve un écho dans la bande des Reavers, des soldats légèrement améliorés par implants bioniques. Le futur ressemble à notre présent, les téléphones, les fringues, les bagnoles, tout est « classique » ( trop peut-être ? Days of Future Past ne lésinait pas sur le futurisme). Même les implants des reavers sont peu mis en avant, l’aspect pratique l’emportant sur le clinquant.
Le côté SF est assez mis en retrait même s’il joue un rôle prépondérant dans l’aventure.
Une aventure qui ne lésine ni sur l’action, ni sur la violence graphique poussée ( ce n’est pas un film pour enfants, du tout !) ni sur les moments plus introspectifs ou plus lents. Les amateurs d’action non-stop seront déçus. Elle n’est pas le cœur du film, loin de là et ce même si elle abonde.  Pas de grands spectacle ici, pas de stylisation : la violence est montrée pour ce qu’elle est. Barbare, sanglante, dure.





Deux concept arts plus SF et qui seront mis de côté. 

Les effets spéciaux , nombreux, ne sont pas là pour en mettre plein la vue ( ce qui n’est pas un reproche en soi, c’est beau aussi quand c’est bien géré cette approche bigger than life) mais pour aider à l’immersion, presque pour semble invisible.
Les doublures numériques du films sont en fait nombreuses mais il faut le savoir.Cela permet de filmer les cascadeurs au plus près sans les grimer grossièrement. Un travail remarquable et bien plus abouti que les nombreuses tentatives de rajeunissement numérique aperçues ces dernières années ( sauf celui de Michael Douglas dans Ant-Man, bluffant de chez bluffant)  Le mate-painting aussi. Mais en ne focalisant pas sa réalisation sur ces détails, Mangold utilise des outils sans les montrer : tout semble naturel, brut. Immersif.
Jamais soucieux de ré-inventer le cinéma ou d’utiliser des mouvements de caméras compliqués, Mangold réalise avec classicisme mais énergie. Mêmes les simples moments de discussion sont pensés pour ne pas ronronner sur de simples champ/contre-champ.






Si la plupart des seconds rôles sont bien interprétés ( faut voir les acteurs aussi, c’est pas de la petite pointure), Jackman et Patrick Stewart démontrent l’étendue de leurs talents. En mec paumé et alcoolique, Hugh Jackman est aussi touchant que choquant. Il joue ici en permanence sur la corde entre salopard et grand héros au grand cœur ( allez, on sait tous qu’il est comme ça notre Wolvie). Un équilibre qui penche jusque ce qu’il faut d’un côté ou de l’autre selon la scène.
Patrick Stewart est impayable en Charles Xavier ! Émouvant face au mal si commun qui le ronge, drôle quand il pète une durite, sarcastique par moment. Méchant aussi parfois. Bienveillant et humain souvent. On ne l’avait jamais vu comme ça (même en comptant le côté sympa et décontracté que lui donnait James McAvoy) .
Dommage que Ian McKellen, en Magneto, ne fasse pas partie du voyage tant ces trois-là ont marqué l’histoire des X-Men au cinéma.
Dafne Keen interprète Laura, que les lecteurs de comics auront vite fait de reconnaître. Plus jeune que son homologue de papier, Laura est une mutante possédant un lien avec Wolverine. Véritable machine à tuer, Laura possède une sauvagerie brute que les ans n’ont pas émoussée et une sensibilité à fleur de peau.. Keen est saisissante de justesse dans ce rôle qui rappelle celui de Arya Stark incarnée par Maisie Williams. Elle évite les écueils dans lesquels les enfants acteurs tombent trop souvent et fait vite oublier qu’elle n’a que 12 ans.  Et en voulant passer la frontière pour échapper à ses poursuivants, Laura incarne le potentiel de lecture politique du film. Une minorité traquée et conspuée, qui cherche à traverser vers un avenir meilleur, poursuivie par des sbires en uniformes, ça ne vous fait penser à rien ? Dans l’Amérique de Trump, Logan, produit par la FOX (oui, celle-là même qui possède Fox News), s’offre le luxe d’avoir un propos sur la société. Subtil , mais bien là !







Il y aurait tant à dire sur Logan, dernière apparition de Hugh Jackman en Wolverine (et de Patrick Stewart en Charles Xavier, l’acteur ayant annoncé ne plus reprendre son rôle non plus). Mais ça serait déflorer la matière du film. Tout ce que vous devez peut-être savoir c’est que Logan est brutal. Viscéral. Total ! Une réussite artistique qui risque de laisser pas mal de spectateurs sur le carreau tant il est éloigné du carcan des films X-Men. Un film inattendu et beau. Un chant du cygne, la dernière chasse d'un serval , la traque finale d'un carcajou !



Des concept arts plus orientés Post-Apocalyptique comme Mad Max (notez le chien, réminiscence du même animal qui suit Max dans le second opus de Georges Miller). Qui était aussi plein de symboles western.Tout se recoupe.